En bref. Facturer hors de France suppose de répondre à trois questions dans l’ordre : bien ou service, client professionnel ou particulier, destination dans l’Union européenne ou en dehors. Les mentions et la TVA en découlent mécaniquement.
La difficulté n’est pas la règle, elle est l’ordre dans lequel on l’applique. Beaucoup d’erreurs viennent d’un raisonnement qui part du taux de TVA au lieu de partir du lieu de taxation.
Les trois questions à se poser
- S’agit-il d’un bien ou d’une prestation de services ? Les règles sont entièrement distinctes.
- Le client est-il assujetti à la TVA ? Un numéro de TVA intracommunautaire valide en atteste dans l’Union européenne.
- Où le bien part-il ou où la prestation est-elle réputée située ? C’est ce qui détermine le pays de taxation.
Répondre à ces trois questions avant d’ouvrir le logiciel de facturation évite l’essentiel des rectifications ultérieures.
Les biens
| Situation | TVA sur la facture | Mention |
|---|---|---|
| Livraison à un professionnel dans l’UE, numéro de TVA valide | Hors taxe | Exonération et autoliquidation par l’acquéreur |
| Livraison à un particulier dans l’UE | Selon le régime applicable aux ventes à distance | Selon le pays de taxation |
| Exportation hors UE | Hors taxe | Exonération à l’exportation, preuve de sortie requise |
| Client sans numéro de TVA valide dans l’UE | TVA française | Régime intérieur |
Deux points structurent la ligne 1 : la validité du numéro de TVA du client, à vérifier au moment de la facturation et non une fois pour toutes, et la preuve du transport hors de France, sans laquelle l’exonération peut être remise en cause.
Pour les ventes à distance à des particuliers, un régime de guichet unique permet de déclarer en une seule fois la TVA due dans les différents États, au-delà d’un seuil global. Il évite d’avoir à s’immatriculer dans chaque pays.
Les prestations de services
- Client professionnel dans l’UE : la prestation est en principe taxable dans le pays du preneur. La facture est établie hors taxe, avec mention de l’autoliquidation par le client.
- Client particulier dans l’UE : la prestation est en principe taxable en France, avec TVA française — sauf pour les services électroniques, soumis à un régime particulier.
- Client hors UE : les prestations sont le plus souvent situées hors du champ de la TVA française, mais des exceptions existent selon la nature du service.
Plusieurs catégories échappent au principe général : services se rattachant à un immeuble, transports de personnes, prestations culturelles ou sportives, locations de moyens de transport de courte durée. Pour ces activités, la règle générale ne s’applique pas et la vérification s’impose.
Les mentions à porter
- Les mentions habituelles de toute facture, rappelées dans notre article sur les mentions obligatoires d’une facture.
- Le numéro de TVA intracommunautaire du vendeur et celui du client pour les opérations intracommunautaires.
- La mention d’exonération ou d’autoliquidation, formulée précisément selon le cas.
- La devise de facturation et, si elle est étrangère, le cours retenu pour la conversion en euros dans la comptabilité.
- Les incoterms pour les livraisons de biens, qui déterminent qui supporte transport et risques.
Le point 3 mérite un soin particulier : une facture hors taxe sans mention explicite de la raison de l’exonération est irrégulière, même si le régime appliqué est le bon. Le rôle et la vérification du numéro de TVA sont détaillés sur la fiche Numéro de TVA intracommunautaire.
Les déclarations qui accompagnent la facture
Facturer à l’étranger ne s’arrête pas à la facture. Selon les opérations, s’ajoutent des obligations déclaratives distinctes de la déclaration de TVA :
- Un état récapitulatif des prestations de services intracommunautaires.
- Une déclaration statistique et fiscale sur les échanges de biens, selon des seuils.
- Les justificatifs douaniers pour les exportations hors Union européenne.
Ces obligations sont autonomes : leur oubli est sanctionné même quand la TVA a été correctement traitée.
Le risque de change et le paiement
Facturer en devise étrangère transfère le risque de change au vendeur. Trois pratiques limitent l’exposition :
- Facturer en euros chaque fois que le rapport de force commercial le permet.
- Raccourcir les délais de paiement, le risque étant proportionnel à la durée.
- Documenter dans les conditions générales de vente la devise, la date de conversion et les frais bancaires à la charge du client.
Le recouvrement à l’international étant nettement plus coûteux qu’en France, la prévention vaut mieux que la procédure — voir notre article sur la facture impayée.
Les erreurs les plus fréquentes
- Ne pas vérifier la validité du numéro de TVA du client au moment de la facturation.
- Facturer hors taxe sans détenir la preuve du transport hors de France.
- Appliquer la règle des biens à une prestation de services, ou l’inverse.
- Oublier l’état récapitulatif des prestations intracommunautaires.
- Traiter un client hors UE comme un client européen, ou inversement pour les territoires à statut particulier.
Le cinquième cas mérite attention : plusieurs territoires rattachés à des États membres sont exclus du territoire de TVA, ce qui change le régime applicable sans que l’adresse le laisse deviner.
Questions fréquentes
Comment vérifier un numéro de TVA européen ?
Un service de vérification en ligne mis à disposition par la Commission européenne permet de contrôler la validité d’un numéro et d’en conserver la preuve horodatée.
Faut-il un numéro de TVA pour exporter hors UE ?
Le client hors Union européenne n’a pas de numéro intracommunautaire. Ce sont les documents douaniers qui justifient l’exonération à l’exportation.
Un auto-entrepreneur peut-il facturer à l’étranger ?
Oui, avec des règles propres liées à la franchise en base. Un numéro de TVA intracommunautaire doit être demandé dès la première opération concernée — voir notre article sur la facturation en auto-entreprise.
Dans quelle langue rédiger la facture ?
Le français est requis pour l’administration française ; rien n’interdit une version bilingue, souvent appréciée du client et sans conséquence fiscale.
Conclusion
Trois questions dans l’ordre — bien ou service, professionnel ou particulier, dans ou hors Union européenne — suffisent à déterminer le régime. Restent deux réflexes : vérifier le numéro de TVA à chaque facture, et conserver la preuve que la marchandise a bien quitté le territoire.
