Facturation électronique

La facturation électronique entre entreprises ne dématérialise pas un PDF : elle remplace l’envoi direct par un circuit de plateformes et un format structuré que les machines lisent. C’est la contrainte qui doit gouverner votre choix d’outil aujourd’hui.

Calendrier — à vérifierCe dossier décrit le mécanisme, pas des dates à recopier. Le calendrier de la réforme a été modifié plusieurs fois depuis son annonce. Avant de prendre une décision, vérifiez les échéances applicables à votre entreprise sur impots.gouv.fr ou entreprendre.service-public.fr, qui font foi. Votre expert-comptable et votre éditeur de logiciel doivent également pouvoir vous confirmer votre échéance.

Ce que la réforme change

Trois changements de nature différente, qu’il faut distinguer parce qu’ils n’appellent pas les mêmes décisions.

Le format

La facture n’est plus une image mais un jeu de données structuré. Les formats du socle européen sont retenus, dont Factur-X — un PDF lisible par un humain auquel est attaché un fichier de données lisible par une machine — ainsi que les formats purement XML. Un PDF simple, scanné ou non, cesse d’être une facture recevable entre entreprises.

Le circuit

Vous n’envoyez plus la facture directement à votre client. Elle transite par une plateforme agréée par l’administration, qui contrôle le format, achemine le document vers la plateforme du destinataire et transmet les données à l’administration fiscale. Chaque entreprise doit donc être raccordée à une plateforme — la sienne ou celle que fournit son outil de facturation.

La déclaration des données

Les opérations qui n’entrent pas dans le circuit — ventes aux particuliers, opérations avec l’étranger — font l’objet d’une transmission périodique de données à l’administration, de même que les encaissements. C’est un travail nouveau, invisible dans les comparatifs de logiciels, et qui doit être automatisé sous peine de devenir une corvée mensuelle.

Le principe du calendrier

La logique retenue distingue deux obligations, et c’est le point que beaucoup de dirigeants manquent :

  • Recevoir des factures électroniques devient obligatoire pour toutes les entreprises assujetties à la TVA à la même date, quelle que soit leur taille. Une microentreprise sera donc concernée dès la première échéance, même si elle n’a encore rien à émettre sous ce format.
  • Émettre devient obligatoire par vagues, en commençant par les grandes entreprises et les entreprises de taille intermédiaire, puis en s’étendant aux petites et moyennes entreprises et aux microentreprises.

Autrement dit : l’échéance qui vous concerne en premier n’est pas celle dont tout le monde parle. Vous devrez être capable de recevoir avant d’être obligé d’émettre, et cela suppose déjà d’être raccordé.

Les nouvelles mentions

Le format structuré impose des données qui ne figuraient pas systématiquement sur les factures papier :

  • Le numéro SIREN du client, qui devient la clé d’acheminement.
  • L’adresse de livraison des biens, lorsqu’elle diffère de l’adresse de facturation.
  • La nature de l’opération — livraison de biens, prestation de services, ou opération mixte.
  • La mention de l’option de paiement de la TVA sur les débits, lorsqu’elle a été exercée.

Conséquence pratique immédiate : votre fichier clients doit contenir un SIREN valide pour chaque client professionnel. C’est un chantier de nettoyage de données à engager tôt, indépendamment de toute décision d’outil.

Ce qu’il faut faire, dans l’ordre

  1. Identifier votre échéance auprès des sources officielles, en distinguant réception et émission.
  2. Interroger votre éditeur actuel par écrit : est-il ou sera-t-il raccordé à une plateforme agréée, à quelle date, et à quel coût supplémentaire ? Une réponse évasive est une réponse.
  3. Nettoyer le fichier clients — SIREN, adresses, coordonnées de facturation. C’est long et cela ne dépend de personne d’autre que vous.
  4. Décider du raccordement : via votre logiciel s’il l’intègre, via votre expert-comptable s’il propose un accès, ou en souscrivant directement auprès d’une plateforme.
  5. Tester la réception avant l’échéance, avec un fournisseur volontaire. C’est le point où les surprises apparaissent.
  6. Prévoir la déclaration des données pour les opérations hors circuit, en particulier si vous vendez à des particuliers.

Les erreurs à éviter

  • Attendre l’échéance d’émission en oubliant celle de réception, qui arrive avant pour beaucoup d’entreprises.
  • Croire qu’un PDF envoyé par courriel suffira. Il ne sera plus une facture recevable entre entreprises.
  • Choisir un outil sur son prix sans vérifier son raccordement. Un logiciel non raccordé devra être remplacé dans l’urgence, au pire moment.
  • Négliger la réversibilité. Si vous devez changer d’outil pour cause de non-conformité, vous devrez récupérer votre historique : vérifiez dès maintenant que c’est possible.
  • Traiter le sujet seul. Votre expert-comptable est directement concerné : la coordination avec lui évite de payer deux fois le même raccordement.

Un effet secondaire à connaître. Une fois le circuit en place, l’administration dispose des données de vos factures et de vos encaissements en quasi-temps réel. Les écarts entre ce que vous déclarez et ce que le circuit enregistre deviennent visibles immédiatement. La rigueur de la facturation cesse d’être une question de bonne tenue pour devenir une question d’exposition.