Analyser la concurrence

Où trouver des données réelles et publiques sur vos concurrents, comment en tirer un panel exploitable, et la ligne rouge à ne pas franchir. Une analyse de concurrence utile repose sur des comptes déposés et des tarifs publiés, pas sur des impressions.

Ligne rougeObserver les prix de ses concurrents est légal ; s’entendre avec eux ne l’est pas. Échanger des informations tarifaires avec un concurrent, se répartir des clients ou une zone, convenir d’un prix plancher ou d’une hausse commune constituent des pratiques anticoncurrentielles lourdement sanctionnées — y compris lorsque l’échange a lieu dans un cadre informel ou au sein d’un groupement professionnel. Le cadre et les décisions sont publiés par l’Autorité de la concurrence. En cas de doute sur un échange entre confrères, abstenez-vous et demandez un avis juridique.

Les sources publiques, par ordre d’utilité

Les comptes annuels déposés

C’est de loin la meilleure source, et la plus ignorée. Les sociétés déposent leurs comptes annuels, qui sont pour partie publics : chiffre d’affaires, résultat, effectif, capitaux propres, endettement. Vous y lisez la taille réelle d’un concurrent, sa rentabilité et sa trajectoire sur plusieurs exercices.

Limite — les petites entreprises peuvent demander la confidentialité de leur compte de résultat, et certaines ne déposent pas. Un dossier vide est en soi une information.

Les données d’immatriculation

Date de création, forme juridique, dirigeants, code d’activité, établissements, tranche d’effectif, éventuelles procédures collectives. Utile pour distinguer un concurrent installé d’une structure récente, et pour repérer un acteur en difficulté.

Les statistiques sectorielles

L’Insee publie des données de démographie des entreprises, des indices de prix à la production et à la consommation, et des statistiques par secteur. Elles ne donnent pas le prix de votre voisin, mais elles donnent la tendance de votre marché et servent de référence d’indexation.

Aussi — les fédérations professionnelles publient des observatoires sectoriels, souvent gratuits pour leurs adhérents.

Les tarifs publiés

Sites, catalogues, plaquettes, marchés publics attribués, plateformes de mise en relation. C’est la seule source directe de prix, et elle est parfaitement licite : ces informations sont publiques.

Précaution — un prix affiché est souvent un prix d’appel. Notez toujours ce qu’il inclut : sans le périmètre, le chiffre ne veut rien dire.

Vos propres clients

La source la plus fiable sur ce qui se pratique réellement — et la moins exploitée. Un client qui vient de vous consulter a presque toujours un autre devis en main. Demandez-lui, à la fin, ce qui a emporté sa décision. Demandez-le aussi à ceux qui ne vous ont pas retenu : c’est là que se trouve l’information utile.

Construire un panel exploitable

  1. Définissez le marché pertinent — pas « les plombiers de France » mais ceux qui répondent aux mêmes appels que vous, sur la même zone, pour le même type de client. C’est l’étape que l’on bâcle, et elle détermine tout le reste.
  2. Retenez cinq à huit acteurs. Trois ne montrent rien, vingt ne seront jamais tenus à jour.
  3. Panachez les profils : le plus gros, un équivalent direct, un moins cher, un plus cher, un nouvel entrant. C’est la dispersion qui informe, pas la moyenne.
  4. Renseignez une ligne par acteur avec des faits datés et sourcés, jamais des impressions.
  5. Mettez à jour deux fois par an. Une analyse jamais actualisée devient une opinion fossilisée.
ColonneCe qu’on y metSource
TailleChiffre d’affaires, effectif, anciennetéComptes déposés, immatriculation
SantéRésultat, capitaux propres, tendance sur 3 exercicesComptes déposés
OffrePérimètre exact, options, garanties, délaisSite, plaquette, devis reçus
PrixPrix affichés, avec leur périmètre précisTarifs publics, marchés attribués
PositionnementCible visée, promesse, tonCommunication publique
Points faiblesDélais, disponibilité, spécialisations absentesRetours clients, avis publics
Chaque cellule porte une date et une source. Sans elles, la ligne n’est pas exploitable six mois plus tard.

Ce qu’il faut en tirer — et ce qu’il ne faut pas en tirer

L’erreur la plus commune consiste à conclure « le marché est à tel prix, donc je m’aligne ». C’est le meilleur moyen de vendre à perte si votre structure de coûts diffère, et de renoncer à de la marge si vous valez mieux.

Ce que l’analyse doit produire :

  • La dispersion des prix sur votre marché, et surtout ce qui explique les écarts — périmètre, délai, garantie, spécialisation.
  • Les zones vides : un segment que personne ne sert, un niveau de service absent, un type de client mal traité. C’est là que se trouve la marge.
  • Ce à quoi le client vous compare, qui n’est pas toujours ce que vous croyez, et qui alimente directement le prix par la valeur décrit sur fixer ses prix.
  • Votre différence réelle, formulable en une phrase. Si elle ne se formule pas, elle n’existe pas pour le client, et le prix se fera par le bas.

Et ce qu’elle ne doit pas produire : un prix. Le prix vient de vos coûts et de la valeur perçue, pas de la moyenne des autres. L’analyse de la concurrence dit où vous vous situez ; elle ne dit pas où vous devez aller.

Ce qui est licite, et ce qui ne l’est pas

LiciteÀ proscrire
Consulter des comptes annuels et des données publiquesObtenir des informations par une personne tenue au secret ou par une intrusion
Relever des tarifs affichés publiquementÉchanger des tarifs ou des intentions de hausse avec un concurrent
Demander un devis en tant que prospect réel, en donnant son identité si elle est demandéeSe faire passer pour un client en usurpant une identité ou en inventant un projet
S’inspirer d’une bonne pratique et la formuler soi-mêmeRecopier les textes, les conditions de vente ou les visuels d’un concurrent
Comparer publiquement des offres sur des éléments objectifs et vérifiablesDénigrer un concurrent, ou publier une comparaison trompeuse ou incomplète

La publicité comparative est encadrée : elle doit porter sur des caractéristiques essentielles, vérifiables et représentatives, et ne pas induire en erreur. Le dénigrement et le parasitisme relèvent de la concurrence déloyale et se plaident au civil, indépendamment de toute sanction administrative.

Information générale. Cette page décrit une méthode et rappelle des principes juridiques d’ordre général. Elle ne constitue pas une consultation. Avant toute action susceptible de mettre en cause un concurrent — comparaison publiée, démarchage ciblé, participation à un échange professionnel portant sur les prix — faites valider la démarche par un avocat.