En bref. Un chantier se facture au fur et à mesure, par situations de travaux établies sur l’avancement réel. La retenue de garantie immobilise une part du prix jusqu’à la levée des réserves, sauf caution de substitution.
La trésorerie d’une entreprise de bâtiment ne dépend pas de son carnet de commandes mais de la régularité de ses situations. Une entreprise chargée qui facture mal manque de trésorerie ; une entreprise moins chargée qui facture au bon rythme en a.
La situation de travaux
C’est un document périodique — le plus souvent mensuel — qui constate l’avancement des travaux et sert de base à une demande de paiement. Elle comporte :
- Le rappel du marché : montant initial, avenants signés, montant total à jour.
- Le détail par poste, avec le pourcentage d’avancement ou les quantités réalisées.
- Le cumul depuis l’origine et le montant de la période.
- Les déductions : acomptes, avances remboursées, retenue de garantie, pénalités éventuelles.
- Le net à payer de la période.
La ligne « cumul » est la plus importante : elle permet à chacun de vérifier la cohérence d’un mois sur l’autre, et rend les erreurs immédiatement visibles.
Situation, acompte, facture : qui est quoi
| Document | Rôle |
|---|---|
| Devis ou marché | Fixe le prix et le contenu |
| Situation de travaux | Constate l’avancement, souvent soumise à validation du maître d’œuvre |
| Facture | Pièce comptable émise sur la base de la situation validée |
| Facture de solde | Reprend le total, déduit les situations déjà facturées |
La confusion entre situation et facture est fréquente. La situation est un document technique ; c’est la facture qui déclenche les obligations comptables et fiscales, avec les mentions obligatoires correspondantes.
La retenue de garantie
- Le maître d’ouvrage retient une fraction de chaque paiement, dans une limite fixée par la loi.
- Cette somme est consignée et couvre l’exécution des réserves formulées à la réception.
- Elle est libérée à l’expiration d’un délai après réception, si aucune réserve n’a été notifiée ou si les réserves ont été levées.
- L’entreprise peut y substituer une caution bancaire, ce qui lui évite l’immobilisation de trésorerie.
Le point 4 mérite d’être systématiquement envisagé : le coût d’une caution est généralement inférieur à celui d’une trésorerie immobilisée plusieurs mois, surtout sur des marchés importants.
Deux vigilances : la retenue ne se déduit pas de la base de TVA — elle porte sur le paiement, pas sur le prix — et sa libération doit être réclamée, faute de quoi elle est fréquemment oubliée. Tenir un échéancier des retenues à libérer fait partie du suivi de trésorerie au même titre que celui des factures impayées.
Les avances
Une avance peut être versée au démarrage pour financer les approvisionnements. Elle se rembourse ensuite par déduction sur les situations suivantes, selon un rythme prévu au marché. Trois points à cadrer par écrit :
- Le montant de l’avance et son fait générateur.
- Le rythme de remboursement, souvent proportionnel à l’avancement.
- La garantie éventuellement exigée en contrepartie.
La distinction entre avance, acompte et arrhes reste la même que dans toute relation commerciale : elle est détaillée dans notre article sur les arrhes et l’acompte.
Les travaux supplémentaires
C’est la principale source de litige. La règle ne souffre pas d’exception : un travail supplémentaire se chiffre et se fait accepter avant d’être exécuté, par un devis complémentaire ou un avenant.
- Utiliser les prix unitaires du marché initial pour éviter la renégociation.
- Faire signer, même par courriel, et conserver la trace.
- Intégrer l’avenant au rappel du marché sur la situation suivante.
Exécuter puis facturer expose à un refus de paiement que le devis initial ne permet pas de contrer — sujet développé dans notre article sur la valeur juridique du devis signé.
La sous-traitance
Une part importante des chantiers passe par des sous-traitants. Deux mécanismes coexistent :
- L’autoliquidation de la TVA : le sous-traitant facture hors taxe et le donneur d’ordre déclare la TVA, mécanisme détaillé dans notre article sur l’autoliquidation en sous-traitance.
- Le paiement direct ou la caution selon la nature du marché, protection légale du sous-traitant.
Négliger la seconde expose le sous-traitant à supporter seul la défaillance de l’entreprise principale.
Les marchés publics
Les mêmes principes s’appliquent, avec des règles propres : délais de paiement encadrés et plus courts, intérêts moratoires dus de plein droit en cas de retard, dématérialisation des demandes de paiement via un portail dédié. Les modalités sont exposées sur la fiche Demander le paiement et facturer un marché public.
Ces règles sont plus protectrices que le droit commun des délais de paiement : elles gagnent à être connues avant de renoncer à réclamer.
Ces situations se traduisent en comptabilité par des travaux en cours à valoriser à la clôture : les points comptables propres au bâtiment.
Questions fréquentes
La situation doit-elle être validée avant facturation ?
Sur la plupart des marchés, elle est visée par le maître d’œuvre. Le marché fixe le délai de validation ; son dépassement peut faire courir les intérêts de retard.
La retenue de garantie s’applique-t-elle sur le montant TTC ?
Elle porte sur le paiement selon les modalités du marché. Elle ne modifie pas la base de TVA, qui reste celle des travaux facturés.
Que faire si la retenue n’est pas libérée ?
Elle doit être réclamée par écrit à l’expiration du délai suivant la réception. À défaut de réponse, la procédure de recouvrement classique s’applique.
Peut-on facturer des travaux non validés ?
C’est possible mais risqué : la facture sera contestée. Mieux vaut relancer sur la validation, en conservant la preuve des demandes.
Conclusion
Trois disciplines soutiennent la trésorerie d’un chantier : une situation mensuelle détaillée et cumulée, un avenant signé avant tout travail supplémentaire, et un suivi des retenues de garantie à libérer. La caution de substitution mérite d’être envisagée dès la signature du marché.
